Comment résister aux sirènes de votre système limbique ?

Publié par Stéphane Garapon

Elles conditionnent notre quotidien, nous envahissent dès le réveil. Elles sont au coeur de notre humanité, mais nous font aussi parfois perdre notre route.

Afin de poursuivre notre chemin, et de pouvoir agir au quotidien, pour tirer le meilleur parti de nos émotions sans succomber à leurs chants (abandon, procrastination, défaitisme, stress), sommes-nous condamnés comme Ulysse à les ignorer totalement ?

Est-il possible d’agir en plaçant nos émotions et le fonctionnement de notre système limbique au service nos intentions ?

Oui, à conditions de maîtriser les bonnes techniques !


Le système limbique et la souffrance contemporaine

L’être humain peut être considéré comme constitué de trois systèmes enchevêtrés et en étroite relation :

  • le système cognitif (siège des fonctions cognitives de haut niveau, de la mémoire, des pensées conscientes et de la prise de décision),
  • le système physiologique (molécules, cellules, ADN et chimie du vivant),
  • le système limbique.

Ce dernier est indispensable à la régulation des émotions, à l’adaptation à l’environnement et à la formation de la mémoire. Il est le siège des réactions de survie que l’évolution a placées en nous, au travers des émotions primaires : la peur et le désir.

Le système limbique est en relation avec le cortex préfrontal (structure du système cognitif à l’origine de la pensée consciente) et le système physiologique. Il constitue une interface entre les expériences de vie, nos pensées et la chimie complexe qui régit notre système physiologique, au travers de mécanismes rapides, robustes, simples et automatisés, optimisés par l’évolution.

La réponse de notre système limbique aux stimuli externes en cas de danger (la peur) s’effectue selon trois modalités : la fuite, l’agression ou la sidération. Il met alors le corps et le cerveau en vigilance : boucles de vigilances et hormones (cortisol et adrénaline).

Les contraintes de la vie contemporaines activent hélas ces mécanismes alors même qu’elle n’apportent pas de menace immédiate. Un e-mail désagréable, ou une tâche jugée complexe à réaliser, vont être interprétés par votre système limbique comme des menaces que nous appelons des Tigres de papier !

La société qui a évolué plus vite que notre capacité à nous adapter, nous expose ainsi à des sources toujours plus intenses de stress (vous voudrez peut-être savoir comment en sommes-nous arrivés là ?).

Les réactions du système limbique nous paraissent désormais souvent inappropriées et sources de souffrances. Les émotions seraient-elles un fardeau inutile? Et comment reprendre le contrôle ?


Joyau ou fardeau ?

Le système limbique est pourtant indispensable à l’apprentissage, à la mémorisation ainsi qu’au tissage des liens sociaux. Il permet une réponse rapide aux situations d’urgence grâce aux mécanismes de survie. Il nous offre également une capacité d’adaptation et d’évolution face aux changements environnementaux. Le système limbique est aussi facteur d’apprentissage rapide et de création de mémoires émotionnelles pour guider nos actions futures.

Ce système peut en outre contribuer au renforcement de la détermination et de la persévérance face aux défis du quotidien. Enfin, il joue un rôle important dans l’amélioration des compétences sociales et empathiques, et renforce ainsi les relations interpersonnelles.

Le système limbique est donc une chance, un joyau. Trop souvent décrié pour les émotions qui semblent nous mettre hors du contrôle de nous-même et créer de la souffrance. Il est même parfois présenté comme un atout pour les machines de ne pas avoir d’émotions alors que cela va justement être ce qui leur fait défaut. Il est d’ailleurs prévisible que la prochaine étape dans le développement des systèmes d’intelligence artificielle va consister à les doter d’une capacité d’interprétation des émotions.

Enfin, le rôle de notre système limbique dans la créativité et l’innovation est central, grâce à l’exploration de nouvelles idées et l’exposition à de nouvelles expériences.

Les émotions, donc, loin d’être un fardeau, sont essentielles à ce qui fait notre humanité ; sans elles nous n’aurions jamais pris notre essor !


Maîtrisez votre système limbique !

Il vous faut donc pouvoir tirer bénéfice de cette partie de nous-même, sans qu’elle nous expose aux souffrances de la modernité. Et donc apprendre à contrôler notre système limbique. Or celui-ci est idiot mais puissant. Très puissant, même. Mais vous pouvez le contourner.

Pour cela votre cortex préfrontal doit user de stratégies (c’est sa spécialité) pour accéder au système limbique, et le faire agir à sa guise.

Néanmoins, simplement « gérer son stress » par la méditation n’est pas une solution : vous pouvez méditer tant et plus, si la source de votre stress ne se tarit pas, vous vivrez votre quotidien professionnel ou personnel comme installé dans un bien-être factice et provisoire, tel dans une citadelle en permanence assiégée.

Trouver une véritable sérénité au-delà d’un oubli factice et momentané de la pression, tel est l’enjeu de notre démarche.

La chose la plus difficile, c’est la décision d’agir. Le reste n’est qu’une question de ténacité. Les peurs ne sont que des tigres de papier. Vous pouvez accomplir tout ce que vous décidez de faire. Vous pouvez agir pour changer et contrôler votre vie ; et la procédure, le processus, est sa propre récompense.

Amelia Earhart

Premières initiatives

Il vous faut pour cela prendre tout d’abord quelques initiatives.

Evacuez

Apprenez à évacuer les hormones de stress que votre système limbique déverse dans votre sang (cortisol, adrénaline) avant de prendre une décision importante. On apprend, dans les salles de gestion de crise, à faire des pompes, ou toute autre forme d’exercice physique.

Surveillez

Développez la capacité d’observation consciente de vos propres émotions, afin de surveiller votre état émotionnel, pour comprendre et apprendre ensuite à réguler vos réactions.

Structurez

Installez des systèmes de réussite et de productivité explicites, durables et fiables, en lesquels votre système limbique saura pouvoir avoir totale confiance.

Contournez

Entraînez vous à contourner et à tromper votre système limbique (voir ci-dessous) lorsqu’il fait obstacle à votre volonté, dans une approche qui ne peut être qu’indirecte, car la puissance du système limbique et son insistance à vous protéger le rendent difficile à inhiber (l’évolution sait qu’il faut nous protéger de nous-même, parfois malgré nous !).

Renforcez

Habituez-vous à donner toujours plus d’importance à vos objectifs et à vos choix conscients de valeurs, pour renforcer la capacité d’inhibition et la prévalence de votre cortex préfrontal sur le système limbique.

Récompensez

Installez un système de récompense destiné à faire ensuite de votre système limbique un soutien puissant à votre détermination, en faisant en sorte que les tâches que vous réalisez deviennent votre source principale de dopamine (hormone produite en récompense d’une activité gratifiante).

Endormez

Développez des routines et habitudes destinées à tromper la vigilance de votre système limbique, qu’il est ainsi possible d’« endormir ».

Apprenez

Formez-vous à la PNL et apprenez les techniques de suggestion qui ont un impact sur votre manière de réagir et sur vos conditionnements émotionnels (vous trouverez des éléments sur cette question dans l’article sur l’alchimie et dans celui consacré à la parole en public).


Contournez et trompez votre système limbique

Au-delà de ces premières initiatives, sans même attendre de toutes les pratiquer, vous allez ensuite pouvoir déployer quatre puissantes techniques de maîtrise de votre système limbique. Imaginez-vous prêt à entreprendre une action ou un ensemble d’actions. Vous n’avez pas envie, la tentation d’abandonner grandit en vous, et les sirènes de la procrastination commencent à faire entendre leur voix… votre système limbique comprend ce que vous allez faire, cela l’angoisse, il ressent votre crainte, la réaction de protection commence à s’installer.

1) Dites à votre système limbique que vous n’allez rien faire du tout…

Trompez-le, mentez-lui (il n’y a que le cortex pré-frontal qui sache faire cela), prétendez haut et fort que vous n’allez pas traiter vos e-mails. Rassurez-le, organisez la prise de distance, renvoyez à plus tard ou à quelque chose d’abstrait.

Car le système limbique est activé par les menaces immédiates ou permanentes mais pas lointaines : il y a des tigres en liberté de l’autre coté de l’océan, cela ne vous inquiète pas pour autant !).

Dites tout haut :

  • je ne vais pas vraiment (…)
  • je ferai (…) plus tard
  • je vais juste (…)

Endormez votre système limbique, abaissez ses inquiétudes puis foncez !

2) Dites à votre système limbique que vous allez faire autre chose…

Prétendez à vous-même que vous n’allez pas faire cette grande tâche impressionnante et menaçante, mais ce simple premier geste anodin (c’est le principe de segmentation des tâches en sous-tâches simples, facilement activables)

Appuyez-vous pour cela sur des processus de gestion des tâches et des processus d’organisation explicites et efficaces qui dissimulent à votre système limbique l’ampleur des tâches à réaliser, et éliminent ses craintes. N’informez pas complètement votre système limbique sur la nature des tâches à effectuer.

Le secret pour prendre de l’avance est de commencer. Le secret pour commencer est de diviser vos tâches complexes et écrasantes en petites tâches gérables, et de commencer par la première.

Mark Twain

Laissez votre système limbique succomber à la facilité, puis laissez le sur place !

3) Agissez avant que votre système limbique ne donne son avis !

Pour cela, agissez avant que le système d’activation réticulaire ne commence à s’activer et à évaluer les conséquences désagréables possibles pour vous de vos actes. Ce mécanisme essentiel de préservation nous fait souvent abandonner par crainte du désagrément. Technique simple : une fois que l’idée vous est venue en tête, comptez tout fort et agissez avant cinq (vous ne me croyez pas : essayez avec l’eau froide sous la douche !)

Votre pouvoir d’agir n’est pas une démocratie. Pourquoi demander l’avis de votre système limbique ? Décidez, agissez !

4) Dites à votre système limbique que ça va être génial !

Trichez en détournant le système de récompense pour qu’il s’active quand (et non après que) vous effectuez vos tâches, et soutienne ainsi votre action. Autant la motivation n’est pas une aide fiable, autant il est possible de tirer son plaisir de l’entraînement et de la persévérance elle-même : tous les grands sportifs font ainsi.

Plutôt que subir les effets néfastes de la recherche de dopamine, mettez là au service de vos intentions. Faites en sorte que votre système limbique trouve du plaisir à faire grandir votre pouvoir d’agir !


La Chant des Sirènes

Vous voilà capable de résister au chant des Sirènes de votre système limbique.

Tigres de papier en cage, fort de vos processus d’organisation explicites et efficaces, aidé par un processus qui associe la libération de dopamine à la réalisation même de votre effort, et conscient qu’il ne sert à rien d’attendre une aide de la part d’une motivation trop volatile pour être fiable, vous êtes aux commandes.

Vos émotions ne sont plus un obstacle, mais une chance, une richesse.

Tel Ulysse, vous voilà prêt pour votre périple.


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